A la recherche des racines de notre village (34° épisode)

La petite histoire du château d’Ambourville à travers les actes notariés.

(actualisé le )

Quantité de biens « d’aristos » circulaient de main en main avant la Révolution. Des actes notariés en ont gardé la mémoire. En voici quelques exemples afin de montrer les différences de langage notarié, (en italiques, le français est dans le texte de l’acte de l’époque).

En novembre 1523, il est précisé que le seigneur du lieu et grand veneur de France Loys de Rouville, vend un huitième de fief à Pierre de Balsac, baron et seigneur d’Entragues, et demoiselle Anne de Graville, dame d’Ambourville Malesherbes et Cailleville, son épouse. Il est situé entre les paroisses d’Ambourville et de Berville et il est tenu par paraige (hérédité) ou lignage de la seigneurie d’Ambourville... Ce fief appartenait à la succession de ses prédécesseurs, après que les partages soient formulés et après être passés devant Monsieur le Bailly de Rouen ou son lieutenant le 19 octobre 1486. Cette vente est faite pour 2.000 livres.

Fin juillet 1636, le « garde heredital du scel des obligations de la vicomte de Rouen  », c’est-à-dire le notaire, fait savoir que François Dusaussey, tabellion royal en la sergenterie de Saint Martin de Boscherville, Jean Cappelle, adjoint et Robert de Balsac, chevalier de l’ordre du Roy, seigneur et baron de la Brizette étaient présents au manoir seigneurial d’Ambourville, d’une part, et que François Delisle, chevalier, seigneur de Marivaux était présent aussi au manoir seigneurial d’Ambourville.

Blason de Louis Malet de Graville

« Lesquels de leur bonne volonte, sans aucune contrainte, instance et requete l’un de l’autre, ils en reconnurent et confessent avoir fait et savoir apposer au bas de certain script en papier... au tabellion pour mettre au registre duquel la teneur ensuit. » Fut present en sa personne messire Robert de Balsac, chevallier, seigneur de Montaigu la Brizette dans la Manche et Aubourville, lequel vollontairement confessa avoir vendu affin d’héritage à messire François Delisle, seigneur de Marivaux…  ».
Il faut préciser que la terre et la seigneurie d’Ambourville avec ses dépendances au jour du décès du seigneur de Montaigu s’applique le douaire : (Droit d’usufruit qu’un mari assigne sur ses biens à sa femme et dont elle a la jouissance si elle lui survit). Son épouse, Marie Lemaistre est donc notée sur cette vente faite pour la somme de 30.000 livres. L’acte a été écrit le 4 mars 1634.
Le 10 décembre 1651, Francois de Lisle chevalier, seigneur de Marivaux, d’Ambourville sur Seine a cédé quantité de biens au titre de bail à Guillaume Lespagnol, fermier receveur de la terre d’Ambourville. Ils comprenent le passage de Seine, les bois de Hayes de La Fontaine, la pêche d’Ambourville depuis le port de Saint-Georges jusqu’à l’Anerie. D’après cet acte, donné à Lespagnol, le seigneur bailleur, se réserve, en grand seigneur, son corps de logis.
« Avoir baille a rente et fieffe afin d’heritage à honorable homme Guillaume Lespagnol...
C’est assavoir le moulin à vent aussy appartenant a cause de sadite terre et seigneurie d’Ambourville... de present en decadence et ruine... a la charge par iceluy Lespagnol de faire rediffier et reparer icelluy moulin de touttes choses necessaires et de le faire mettre en estat de moudre pour faire de bled farinne
 »

En 1774, le registre d’imposition des vingtièmes d’Ambourville contient, entre autre, cet article : Monsieur de Marivaux (Dufay de Limanville) successeur en 1775, seigneur honoraire de la paroisse, possède une maison de maître et un jardin et fait valoir une ferme avec granges, écuries, pressoir et autres bâtiments.
Suivant un bail privé présenté en date du 17 août 1737, contrôlé à Rouen le 7 février 1746, les bois ont été loués au nommé Moissel à raison de 2.600 livres par an, le sieur de Marivaux fait valoir que les bois de la Haye de La Fontaine à Notre Dame de Varengeville sont très mauvais étant plantés sur la roche et ayant beaucoup de « places vagues », dont plusieurs contiennent deux à trois acres.

Le 24 mai1775, se présente noble damoiselle Louise-Madeleine de Lisle Marivault, fille majeure, demeurant à Rouen dans le prieuré royal de Saint Louis, établie en cette ville de Rouen place de la Rougemare, paroisse de Saint Godard, laquelle stipule que par le décès de son frère le 11 avril 1774, haut et puissant seigneur, Nicolas-Barthelemy de Lisle Marivault, chevalier seigneur d’Ambourville, de La Fontaine et autres lieux... Elle est devenue sa seule et unique héritière. En cette qualité, elle a vendu le 7 mars 1775 le fief de La Fontaine à Monsieur Pierre-Robert Dufay, écuyer seigneur de Limanville, conseiller du Roy, correcteur en sa cour des comptes, aides et finances de Normandie, demeurant à Rouen, rue Bourg Labbé, paroisse de Saint Nicaise.
« C’est a scavoir la terre et seigneurie d’Aubourville sur Seine, laquelle est un plein fief de haubert, assis en la vicomte dudit Rouen, circonstances et dependances, mouvant et relevant de la baronnie et abbaye du Bec. Les tenures duquel noble fief, terre et seigneurie d’Aubourville s’extendent tant en toute la paroisse dudit Aubourville, ou le chef mois dudit fief est scitue, qu’en quelques autres voisines, avec les droits honorifiques en l’eglise d’Aubourville, dont la cure est a la nomination de ladite abbaye du Bec ; auquel fief, il y a cour, usage, justice et juridiction sur les hommes et tenants d’iceluy, rentes en deniers, grains, oeufs, oiseaux et autres natures, corvees d’hommes et de chevaux, reliefs, treiziemes, amendes et forfaitures, droits de colombier a pied, de moulin a vent actuellement infeode, droits de tor et ver, d’etang a cours d’eau dans la riviere de Seine et tous autres droits appartenant audit fief d’Aubourville et autres, qui à noble fief appartiennent, suivant la coutume de Normandie ; consistant ledit fief en domaine fieffe et non fieffe, le tout contenant ensemble mille acres ou environ. Ledit domaine non fieffe, compose en premier lieu d’un grand corps d’hotel ou chateau, haute et basse cour, colombier a pied, ecuries, granges et autres edifices, jardin et parc enclos, partie en murs et en autre partie en hayes et fosses, avec les bois taillis, qui en dependent, et ceux de haute futaye, pour autant qu’il en reste actuellement. Plus de la grande ferme du chateau, dans laquelle sont comprises plusieurs dépendances du manoir seigneurial, et tout et autant qu’en tient actuellement a ferme Augustin Poullain...  »

Dans un prochain épisode, la petite histoire du château se poursuivra après la Révolution. Plusieurs recensements de population d’Ambourville donnent les noms des habitants du château.

Gilbert Fromager